Préface
Il est des hommes ou des paysages dont le souvenir reste d’abord celui de la première rencontre.
C’est pour moi le cas du Valjouffrey. Cette première rencontre remonte à 25 ans. Venant alors d’être nommé au lycée de La Mure, je mis à profit l’automne 1967 pour découvrir cette région que je ne connaissais pas.
Je suis allé à cette découverte sans aucune idée préconçue, prenant un jour une vallée, un autre jour une autre, sans lecture préalable d’aucun ouvrage, sans aucune indication des habitants du pays. C’est seulement au retour de mes promenades que je m’inquiétais du nom des montagnes, des lacs ou des torrents que j’avais rencontrés.
C’est dans cet état d’esprit que je mis les pieds pour la première fois dans le Valjouffrey. Ma première impression naquit du mélange indissociable entre la très forte présence de la montagne et la très forte présence des hommes enracinés dans la vallée. Peut-être la traversée du Villar d’Entraigues m’avait-elle préparé à ressentir cette très forte présence de l’homme en attirant mon attention sur un habitat que j’allais ensuite retrouver dans le Valjouffrey. On voyait bien la façon dont les fermes s’étaient organisées aux siècles derniers pour mieux affronter les risques de la nature et pouvoir survivre. En pénétrant dans ces hameaux, on ressentait leur vie intime à travers les odeurs qui s’en dégageaient et se mélangeaient : celle du foin, celle du bois juste coupé qui séchait dans quelques cours ou celle, épicée d’une légère pointe de moisi, qui sortait de la pénombre de certaines maisons. On ressentait aussi très fortement le temps, rythmé par les saisons, de la naissance à la mort, dans une lourde fatalité, pour des existences sans superflu.
La montagne qui enveloppe ces terres ne connaît pas le superflu, elle non plus. Elle n’a rien à faire des fioritures verdoyantes qui pourraient la rendre plus riante. Elle n’a rien à faire de barrer, de longs moments de la journée, l’accès du soleil au fond de la vallée. Elle est là, simple et rude, avec ses forêts, ses pierriers et ses rocs abrupts.
Cette première impression, très forte, du Valjouffrey m’y a fait revenir plus d’une fois, seul ou avec des amis. Aujourd’hui, les choses sont différentes, la vallée est pour moi « balisée », faite de points de repères, de sentiers, de durées et de promenades. Dans les maisons vivent des familles dont le nom m’est connu, parfois des amis. La montagne a aussi des noms, des altitudes… Et ce n’est pas désagréable d’être en « pays connu » !
Malgré cette « accoutumance », le souvenir de ma première rencontre avec le Valjouffrey reste toujours aussi vivace et fait partie pour moi des moments les plus forts de la découverte de notre région. Merci à nos amis du CAF qui, à la faveur d’un anniversaire bien sympathique, ont voulu évoquer, avec une plume souvent passionnée, les charmes et les beautés des montagnes de ce haut Valjouffrey qui m’est si cher.
Claude Péquignot
Maire de La Mure
Photo de couverture : la face nord-ouest de l’Olan, vue des pentes du Pic du Turbat (cliché Piaget).

