Aller au contenu

Historique

Le témoignage de Roger Rousset, dernier scieur

Recueilli en 2003, le récit du petit-fils du constructeur : les scieries de la vallée, la guerre, l'exploitation forestière.

Roger Rousset commente la visite de la scierie construite par son grand-père.

Les scieries de Valjouffrey

« 4 ou 5 scieries fonctionnaient dans la vallée. La plus importante était la scierie ROUSSET, la plus ancienne était la scierie BLANC-LAPIERRE Julien à Valsenestre Cette dernière a donné son nom au « Pont de la scie ».

  • Scierie ROUSSET- FLEURY à la Chapelle,
  • BERTHIER aux Faures.

Aux FAURES, il existait un moulin couplé avec une scie au-dessous, elle ne tournait pas toute l’année, elle était plutôt destinée à une consommation familiale. Les cultivateurs venaient travailler dans les scieries, la main d’œuvre était bon marché, ils élevaient aussi des chèvres, vaches, brebis. On descendait le foin des prairies de Pré Clos sur des liettes. Des canaux d’irrigation permettaient de cultiver de tout, (même des lentilles) pour nourrir les familles nombreuses.

  • Le grand-père de Roger ROUSSET a construit la scierie. Au début, le bois était poussé à la main. Il sciait du bois de charpente et de menuiserie.
  • Vers 1905, Pierre ROUSSET, père de Roger, a pris sa succession. Il s’est inspiré par la suite de ce qu’il a pu observer en Allemagne pendant sa captivité de 52 mois en Prusse orientale où il travaillait dans une scierie. Il a inventé le mécanisme de rouages et de crémaillères qui permet de faire avancer le bois, ainsi qu’une « poulie folle » : poulie ovale en bois dont l’axe décentré permet le mouvement de va-et-vient de la lame. Les pièces mécaniques ont été fondues à PONT-de-CLAIX.
  • La charpente du foyer municipal a été faîte par Pierre ROUSSET et son fils aîné Désiré.
  • Un architecte M. Serre Bonnet est venu constater l’efficacité de l’installation et a été très satisfait« 

Fonctionnement de la scie battante

« Elle tournait toute l’année uniquement avec l’eau du petit ruisseau, la Béalière, un droit d’eau était accordé.
Les poulies sont en châtaignier, la roue de pêche en mélèze.
Une chaîne permet de régler la vitesse de la scie, selon le cran choisi.
On sciait 5 m3 de bois par jour.
Le bois était destiné à la menuiserie, l’ébénisterie, la charpente.
Pierre Rousset travaillait à la scierie, mais Roger Rousset devait aller en forêt couper le bois, pendant ce temps, la scierie s’arrêtait.
la battante débitait les grumes.
la circulaire délignait les planches.
Peu de perte : (1/5 environ) les écoins étaient transformés en bois de chauffage, la sciure était utilisée dans les écuries.
Bois scié : résineux surtout : sapin, mélèze, épicéa.
Les plateaux de mélèze étaient utilisés dans la commune pour les balcons, le bardage…
Les habitants apportaient le bois à Pierre Rousset.
5 ou 6 personnes travaillaient à la scierie mais elle générait aussi l’emploi d’une dizaine de bûcherons. Pas de chômage.
« Du temps de » Roger ROUSSET, le bois était acheté par des grossistes et expédié à Lyon, Marseille, en Afrique du Nord. »

Pendant la guerre, la scierie était louée…

« Pendant la guerre, la scierie était louée.
Après 14 -18, on prenait l’eau de la Bonne pour faire tourner l’usine, un barrage sur la Bonne permettait à la battante de fonctionner. Après on n’utilise plus la Béalière qui se jetait dans le canal. »

M. Julien Blanc-Lapierre, maire de Valjouffrey avait aussi une scierie.
En 46, on arrêtait le moteur à 18 h 00 pour ne pas faire baisser la tension électrique du réseau communal.
La mini-centrale a été construite sur les ruines d’un ancien moulin.
Vers 55, EDF venu à Valjouffrey embauchait les employés de la centrale et encourageait la fermeture de la centrale contre des facilités de paiement.
En 57, un ingénieur de chez Magnat-Simon* vient pour refaire la turbine.
La scie a tourné jusqu’en 56 environ, date de la vente de la scierie à la commune, puis, après 59, jusqu’en 63, 64 la municipalité a essayé de la remettre en route pour du sciage à façon, surtout pour tirer parti des chablis. Un manque de savoir-faire et de coordination entre les utilisateurs et l’entretien du matériel ont conduit cette tentative à un échec.
Maintenant, une scie mobile vient à la demande depuis le Trièves pour scier à façon pour des particuliers. »

Le 9 Août 1944, (6 jours avant le débarquement) la maison familiale des ROUSSET a été incendiée par les Allemands par une grenade incendiaire détruisant toutes les archives personnelles liées à l’activité de la scierie ainsi que les meubles fabriqués par Pierre ROUSSET. Il a juste eu le temps de sauver son « Chef-d’Œuvre » de compagnon.
Prévenu de l’arrivée des Allemands et de la menace qui pesait sur sa maison par des personnes venant d’Entraigues, Pierre ROUSSET a demandé que la chapelle qui jouxte sa maison soit protégée.
Notons que ce jour-là, l’école de Valbonnais a suivi le même sort ainsi que la maison de la famille Blanc-Lapierre et la fromagerie Gallet d’Entraigues.

*l’entreprise Magnat-Simon était située dans l’actuelle rue Benoît-Jay à Pont-de-Claix

Exploitation forestière

« Avant on vendait 4 à 5 coupes de bois de 100 m3 chacune, maintenant, l’O.N.F. gère la forêt, marque les coupes (martelage du bois), vend le bois. (2 à 3 coupes pour 1000m3 au total environ)
Révolution : avant, tous les 20 ans, maintenant tous les 15 ans.
Futaie jardinée : bois de tous âges
Futaie régulière : plantée.
Les arbres étaient coupés au passe-partout*.
L’hiver, on faisait glisser le bois sur des « rises* » gelées. (on risait le bois)

*passe-partout : (longue lame de scie des bûcherons, avec une poignée à chaque extrémité.)

*rises : lieux pour faire glisser les grumes : couloirs naturels ou artificiels, renforcés éventuellement avec des troncs disposés en long que l’on pouvait arroser pour améliorer la glisse.

témoignage recueilli par Pierre BARNOLA, Madeleine CASANOVA, Danièle VUARCHEX , fin octobre 2003. Chez M. et Mme Roger ROUSSET à Valjouffrey en présence de M. CLÉMENT, beau-frère de M Rousset.